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L’article suivant accompagne le webinaire de TA@l’école, Les cercles d’auteurs pour soutenir les élèves en difficulté en écriture. Cliquez ici pour visionner l’enregistrement de webinaire.

Par Ophélie Tremblay (Université du Québec à Montréal) et Ruth Audet (Centre de services scolaire des Hautes-Rivières)

Comment amener les élèves en difficulté d’apprentissage en écriture à développer leur goût d’écrire, tout en soutenant leur apprentissage des différentes composantes du processus d’écriture ? Dans cet article, nous répondons à cette question en vous présentant une démarche innovante d’enseignement de l’écriture au primaire : les cercles d’auteurs. Nous montrons comment une orthopédagogue[1] s’appuie sur les cercles d’auteurs, lors du soutien particulier qu’elle offre aux élèves, pour :

  • susciter leur plaisir d’écrire,
  • mobiliser leurs connaissances en écriture
  • leur permettre d’acquérir de nouvelles habiletés rédactionnelles, tant en planification qu’en révision de texte.

1. Les cercles d’auteurs : une démarche pour apprendre et enseigner l’écriture à tous les élèves

Les cercles d’auteurs correspondent à une démarche collaborative d’apprentissage de l’écriture, développée par Jim Vopat (2009) sous le nom de « Writing circles ». Les élèves échangent entre eux lors des différentes phases de la démarche, qui correspondent aux grandes composantes du processus rédactionnel (Hayes et Flower, 1980) : planification, mise en texte, révision et correction. Dans un premier temps, les élèves collaborent pour planifier le texte à écrire, à partir d’un déclencheur proposé par l’enseignante ou à partir d’un thème qu’ils choisissent entre eux : c’est le cercle de planification (Tremblay et Turgeon, 2019). Après ce moment consacré à un échange d’idées, ils écrivent individuellement un texte de la longueur et du genre textuel de leur choix. Les élèves se réunissent ensuite en « cercle de partage » pour se lire mutuellement leur production. Cette étape vise à construire la confiance en soi de l’élève, dans un espace bienveillant et respectueux. Les élèves formulent des commentaires positifs ou « coups de cœur » à l’auteur de chacun des textes, ce qui les conduit à écouter attentivement et à formuler des rétroactions positives à l’endroit du texte entendu. Lorsque plusieurs textes ont été produits par les élèves (dans le contexte de cercles de planification et de partage ou tout simplement de joggings d’écriture ou de situations d’écriture planifiées par l’enseignante), chaque élève choisit un texte qu’il souhaite diffuser ou publier. L’étape du cercle de révision est alors mise en place : les élèves se réunissent en équipe et s’entraident à améliorer le contenu et le style de chacun des textes (Turgeon et Tremblay, 2019). La correction orthographique et grammaticale intervient lors de la dernière étape de la démarche : le cercle de publication.

Grâce aux cercles d’auteurs, l’enseignante a la possibilité de découvrir les voix d’écrivains de ses élèves, notamment en choisissant d’évaluer la compétence à écrire à partir de textes que ceux-ci ont retravaillés en profondeur.

Grâce aux cercles d’auteurs, l’enseignante a la possibilité de découvrir les voix d’écrivains de ses élèves, notamment en choisissant d’évaluer la compétence à écrire à partir de textes que ceux-ci ont retravaillés en profondeur. Elle est également à même de juger de façon globale du développement des habilités rédactionnelles de chacun de ses élèves, comme le souligne Émilie, une des enseignantes ayant participé au projet de recherche-action sur les cercles d’auteurs (Bhérer, 2020). Cette enseignante a en effet entièrement modifié sa façon d’évaluer les textes de ses élèves et témoigne en retirer un plaisir renouvelé ! D’autres enseignantes ont misé sur la démarche pour développer les compétences sociales des élèves (Rainville, 2020) ou leur compétence à communiquer oralement (Champagne, 2020). Pour un bon déroulement des cercles d’auteurs :

  • Amener les élèves à créer des liens de confiance mutuels
  • Faire du respect une valeur commune dans la classe
  • Enseigner comment réagir avec ouverture à une remarque sur son texte
  • Enseigner comment formuler des commentaires pertinents en réaction à un texte
  • Enseigner comment formuler des commentaires pour soutenir le processus de révision de texte

Voyons maintenant comment l’orthopédagogue peut intervenir, en collaboration avec l’enseignante (ou l’enseignante elle-même, en soutien individuel), pour soutenir les élèves en difficulté dans leur participation aux cercles d’auteurs, en ancrant ses pratiques d’accompagnement dans chacune des étapes de la démarche.

2. Un accompagnement ciblé pour soutenir les élèves en difficultés lors des cercles d’auteurs

Cette section présente différentes mesures de soutien créées par une orthopédagogue engagée dans un projet de recherche-action sur les cercles d’auteurs (Audet, 2020). Les activités proposées, en plus d’être élaborées en soutien au déroulement des cercles d’auteurs, répondent à un ou plusieurs des trois critères suivants : elles sont courtes, elles sont amusantes et elles permettent à l’élève de se sentir compétent.

2.1 Des activités en soutien au développement du processus de planification de texte

Comme nous l’avons expliqué plus haut, le cercle de planification invite les élèves à partager leurs idées sur un thème ou sur un déclencheur d’écriture. Or, la recherche et l’élaboration des idées représentent bien souvent un défi pour l’élève en difficultés. Afin d’outiller les élèves et de leur permettre de participer activement au cercle de planification, l’orthopédagogue a mis en place plusieurs activités[2] : l’anneau d’idées, l’écriture effervescente, la corolle lexicale et la liste des choses aimées ou détestées.

2.1.1 L’anneau d’idées

Dans le but de stimuler l’imagination des élèves et de les aider à créer un réservoir à idées, on les invite à découper des images ou des photos à l’intérieur de revues ou de circulaires. Ces images sont ensuite collées sur des cartons au verso desquels les élèves vont écrire des mots en lien avec ce qu’évoque l’image choisie. On leur propose de varier le type de mots : verbes, noms, adjectifs, adverbes. Les cartons sont finalement perforés et glissés dans un anneau que l’élève pourra conserver avec lui en classe afin de l’inspirer lors des périodes d’écriture.

Figure 1 : Exemple d’anneau des idées

2.1.2 L’écriture effervescente

Cette activité vise à stimuler la recherche d’idées, en faisant prendre conscience aux élèves qu’une idée peut en appeler une autre, puis une autre encore. On commence par proposer un mot aux élèves (soleil, par exemple). Les élèves disent, à l’oral, les mots qui leur viennent en tête à partir de ce mot déclencheur (par ex. : réchauffer, climatique, environnement, protéger, animal, chat, moustache, chatouiller, fou rire, etc.). Les réponses sont notées au tableau, afin de constituer une banque de mots. Les élèves sont ensuite mis au défi d’utiliser un certain nombre des mots recueillis, dans la rédaction d’un court texte.

2.1.3 La corolle lexicale

De la même manière que l’activité d’écriture effervescente, la corolle lexicale[3] permet de recueillir des mots liés à un mot-thème. Cette fois, les idées sont directement rattachées au mot-thème, comme l’illustre la Figure 2. Encore une fois, cette collecte de mots pourra inspirer ou soutenir la rédaction d’un texte.

Figure 2 : Exemple de corolle lexicale autour du thème de l’hiver

2.1.4 J’aime, je n’aime pas

Écrire à partir de ce que l’on connait est une piste intéressante, mais écrire à partir de ce qu’on aime ou n’aime pas permet encore mieux de personnaliser nos écrits et de les rendre vivants. Dans cette activité, les élèves dressent ainsi une liste de ce qu’ils aiment et n’aiment pas. Ils auront ensuite sous la main une liste de déclencheurs à exploiter lors des périodes d’écriture libre, par exemple.

Figure 3 : Exemple d’une liste « J’aime ! Je n’aime pas ! » d’un élève du primaire

À travers des activités courtes et variées, l’orthopédagogue soutient le processus d’élaboration et d’organisation des idées chez les élèves qu’elle accompagne. Ces derniers auront par la suite accès à des outils et des stratégies de planification qu’ils pourront réinvestir en classe avec leurs pairs, lors des cercles d’auteurs ou simplement en contexte de production écrite courante.

2.2. Accompagner les élèves pour soutenir leur participation au cercle de partage

Partager son texte en cercle d’auteurs demande à l’élève de lire celui-ci à voix haute devant ses pairs. Parfois, quand le décodage est encore difficile, lire son propre texte peut représenter un défi pour certains élèves, même s’ils sont auteurs du texte. La timidité ou le manque de confiance en soi sont aussi susceptibles de faire obstacle à la pleine participation des élèves à la démarche. L’orthopédagogue peut alors accompagner deux ou trois élèves à la fois pour vivre avec eux l’étape du cercle de partage, dans un climat bienveillant et sécurisant. Elle s’assure d’abord de rappeler les règles d’écoute et de fonctionnement dans le respect des uns et des autres. Elle rappelle également l’intention des mini-cercles d’auteurs, soit de donner et recevoir un ou des commentaires positifs et constructifs pour réagir à un texte. Elle indique enfin que ce sont les élèves volontaires qui lisent leur texte. Pendant ce temps, les autres restent silencieux et attentifs. En étant avec les élèves lors du partage, elle peut intervenir pour souligner les bons comportements d’écoute des élèves ou pour leur demander de s’ajuster en adoptant par exemple une meilleure posture d’écoute (bien assis sur la chaise, regard tourné vers l’auteur qui lit son texte, etc.).

Un autre moyen à utiliser consiste à fournir aux élèves un aide-mémoire qui comprend des exemples de réactions à exprimer après avoir entendu un autre élève lire son texte. La figure suivante en présente un exemple.

Figure 4 : Un aide-mémoire pour soutenir la rétroaction lors du cercle de partage

Une fois que les élèves sont familiers et à l’aise avec les étapes du cercle de planification et de partage ils sont prêts à vivre un cercle de révision.

2.3 Des pistes de soutien pour accompagner le processus de révision de texte

Afin de soutenir les élèves en difficulté en vue du cercle de révision, voici quelques pistes de soutien à leur proposer.

Favoriser l’utilisation de soutiens visuels
Certains élèves auront besoin de la version papier ou numérique de l’écrit pour faciliter la formulation des commentaires en soutien au processus de révision du texte.

Entendre son texte avec la voix d’un pair
Les élèves ayant des difficultés d’identification des mots peuvent profiter de la lecture de leur texte par un pair pour éviter la surcharge cognitive. Ils pourront alors évaluer davantage la cohérence du texte : Est-ce que les événements se suivent bien?; Est-ce que je peux me faire une image claire de la situation décrite?; Y a-t-il des éléments manquants ou en trop ?, etc.

Lire son texte à ses pairs grâce à la synthèse vocale
Dans certains contextes, il pourrait être intéressant que l’élève en difficulté bénéficie de la synthèse vocale pour lui permettre d’être autonome et de se concentrer sur la réception des commentaires de ses pairs.

Être soutenu par des aide-mémoire lors d’échanges sur les « coups de pouce »
Des aide-mémoire sur des aspects ciblés pour la révision (cohérence, division en paragraphes, variété et justesse des mots, variété des types de phrases, etc.) permettent aux élèves de soutenir leur propos lorsqu’ils formulent une piste de révision et l’adressent à l’auteur du texte.

Être soutenu par les pairs pour prendre en note les « coups de pouce »
Pour certains élèves ayant reçu un diagnostic de dyspraxie motrice sévère, il peut s’avérer utile de demander aux pairs d’écrire les mots-clés en lien avec les commentaires reçus, directement sur le texte. Cela favorise une véritable collaboration entre pairs et un soutien mutuel au fil de la démarche.

Pouvoir lire d’avance les textes des membres de son cercle d’auteurs
Enfin, pour les élèves qui ont une atteinte du point de vue de l’identification des mots, il est avantageux de pouvoir lire d’avance les textes de ses pairs en vue du cercle de révision.

Le tableau suivant synthétise les moyens que nous venons de présenter.

Tableau 1 : Synthèse des mesures de soutien à la réalisation des cercles de révision

Les mesures de soutien proposées peuvent s’accompagner d’autres moyens mis en place par l’orthopédagogue en collaboration avec ses élèves. C’est le cas des mini-leçons enregistrées par les élèves pour détailler une stratégie d’écriture ou de révision, comme « Raconter lentement » ou « Des verbes imagés ». Dans celles-ci, l’élève s’enregistre alors qu’il explique comment utiliser la stratégie. Ces capsules audio sont intéressantes parce qu’elles valorisent les connaissances et le savoir-faire des élèves en difficultés auprès de leurs pairs : les capsules peuvent en effet être diffusées auprès des autres élèves de la classe pour leur permettre à leur tour de développer ou d’affiner leurs stratégies d’écriture.

Conclusion

Grâce aux mesures de soutien mises en place dans l’accompagnement de la démarche des cercles d’auteurs, l’orthopédagogue a pu atteindre les objectifs suivants : stimuler les apprentissages et la découverte du bonheur d’écrire ; faire écrire souvent dans un contexte stimulant ; faire découvrir la voix d’auteur de l’élève en difficulté ; faire émerger le sentiment de compétence en écriture ; cibler des interventions en accompagnement de l’écriture dans des critères autres que celui du développement orthographique. Le sentiment d’accomplissement des élèves en écriture et leur joie d’écrire sont des points forts de l’accompagnement offert par l’orthopédagogue.

Nous vous souhaitons de pouvoir vous aussi accompagner vos élèves dans le développement de leur plaisir, de leur motivation et de leur compétence à écrire, que ce soit à travers la démarche des cercles d’auteurs ou grâce aux pistes d’activités de soutien en écriture présentées dans cet article !

[1] Au Québec, les orthopédagogues accompagnent les élèves en difficultés de façon individualisée. Les interventions présentées dans cet article peuvent toutes être adaptées pour du soutien offert par l’enseignante offert à tous les élèves, et aux élèves en difficultés en particulier.
[2] Les exemples de jeux ont été inspirés ou tirés du livre Jeux pour écrire de M. Martin (2017).
[3] Voir l’article suivant pour en savoir plus sur la pratique de la corolle lexicale : https://cache.media.eduscol.education.fr/file/Dossier_vocabulaire/57/6/Micheline_Cellier_111202_C_201576.pdf 

 

Références

Audet, R. (2020). Apprendre, malgré des difficultés, en plongeant dans le bonheur d’écrire. Revue hybride de l’éducation. p. 135-155.

Bhérer, É. (2020). Évaluer l’écriture grâce aux cercles d’auteurs. Revue hybride de l’éducation. p. 156-162.

Champagne, C. (2020). Enseigner et évaluer l’oral grâce aux cercles d’auteurs. Revue hybride de l’éducation. p. 104-114.

Hayes, J. R. et Flower, L. S. (1980). Identifying the organization of writing processes, in L.W. Gregg & E.R. Steinberg (Eds.), Cognitive processes in writing, 3-30, Hillsdale : L.E.A.

Rainville, B. (2020). L’importance d’instaurer un climat de confiance pour profiter pleinement de la démarche des cercles d’auteurs. Revue hybride de l’éducation. p. 94-103.

Tarte, L. (2020). Le pouvoir des cercles d’auteurs en orthopédagogie en palier 3 du modèle RàI. Revue hybride de l’éducation, p. 115-126.

Tremblay, O., Turgeon, E. (2019). Collaboration dans les cercles d’auteurs : pistes pour travailler la planification. Vivre le primaire. 32(1), p. 11-13.

Turgeon, E. et Tremblay, O. (2019). Le cercle de révision : bénéficier du soutien des pairs pour améliorer son texte. Vivre le primaire. 33(3), p. 8-10.

Ophélie Tremblay est professeure au département de didactique des langues de l'Université du Québec à Montréal. Ses travaux de recherche actuels portent sur la démarche des cercles d'auteurs au primaire, comme approche pour développer les compétences à écrire, à lire et à communiquer oralement. Portée par son amour des mots et son expertise en didactique du lexique, elle s'intéresse également aux démarches d'enseignement qui favorisent le développement de la sensibilité lexicale (un rapport à la fois affectif et cognitif envers les mots) et du vocabulaire chez les élèves du primaire.

Ruth Audet, M.A. Orthopédagogue depuis octobre 2000 à la commission scolaire des Hautes- Rivières en Montérégie dans la province du Québec. Elle a aussi travaillé, auparavant, dans deux écoles privées de Montréal et à la commission scolaire Crie de la Baie James. Elle a obtenu une maitrise en didactique du français à l’université Laval à Québec.