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Répondue par Nathalie Paquet-Bélanger

Tous les élèves ont accès à diverses adaptations pour aider à atteindre leur plein potentiel scolaire. Pour les élèves ayant des troubles d’apprentissage (TA), les technologies d'aide sont des appuis nécessaires et non supplémentaires.

Suite à l'évaluation qui recommande l'utilisation de diverses technologies d'aide et à la rédaction du plan d’enseignement individualisé (PEI) de l'élève ayant des TA, le professionnel de l'enseignement est sous l'obligation de mettre à la disposition de l'élève ces outils.

Question 1 : Il me semble que certaines technologies d’aide donnent un gros coup de pouce aux élèves sur des objectifs évalués par le programme.  Par exemple, le réviseur Antidote corrige des notions ciblées par l’évaluation.  En quoi est-ce équitable pour les autres élèves ?

La recommandation pour l'utilisation de diverses technologies d'aide doit provenir d'une évaluation professionnelle (psychologie, orthophonie, ergothérapie…) et elle doit être inscrite dans le PEI de l'élève. Cette recommandation vise à appuyer l'élève dans son apprentissage pour qu'il ou elle puisse acquérir son plein potentiel scolaire.

La clé pour bien comprendre la nécessité et l’équité d’une telle mesure réside dans le suivi de l'élève et l’accompagnement dans son utilisation des aides technologiques.  Il importe de se rappeler que l'élève, avant d'avoir essayé et obtenu des aides technologiques :

  • doit avoir eu la chance de faire les apprentissages visés.  Cela sous-entend un enseignement de qualité et de la rééducation au besoin.
  • doit être en situation de besoin marqué.
    • Par exemple, un élève de 7e année qui accorde mal les participes passés n'est pas en situation de besoin marqué.  Il a un retard au niveau de l'apprentissage qui peut dépendre d'une panoplie de facteurs (attention en classe, motivation, lenteur d'apprentissage, etc.).
    • Par contre, un élève de 14 ans qui confond encore le son /f/ et /v/ ou est incapable d'orthographier des mots fréquents a un sérieux handicap pour réaliser les apprentissages de son niveau (s'il est en mesure de le faire).
  • divers moyens de flexibilité ou "low-tech" ont été essayés.  Par exemple, les dictionnaires à entrées phonologiques de type « Eurêka », dictionnaire électronique (qui ne corrige pas l'orthographe grammaticale), plus de temps, etc.

Donc, si le suivi de l’élève démontre que ces mesures s’avèrent insuffisantes à pallier les troubles d’apprentissage, il est équitable de donner des moyens à l'élève de compenser son handicap pour démontrer ses apprentissages et d'utiliser des outils d'aide à la rédaction et révision en écriture.

Toutefois, il est primordial de s'assurer que l'outil compense le besoin ciblé pour l’élève.  Ce ne sont pas tous les élèves ayant des TA en écriture qui ont besoin d'Antidote. De plus, certaines fonctions de correction automatique de Word peuvent être désactivées.   Cela nécessite l’accompagnement de la part de l’équipe-école.

Question 2 : Si un élève ayant des TA utilise la synthèse vocale pour lire des textes lorsqu’on évalue la compréhension de lecture, est-ce qu’on n’évalue pas plutôt sa compétence à écouter ?

La synthèse vocale est une fonction d’aide populaire qui peut être utilisée en lecture.  Dans ce cas, une voix artificielle énonce un texte numérique que l’élève entend.  Souvent, le mot lu est mis en évidence en étant en surbrillance (suivi dynamique du mot lu).  La qualité de la narration dépend du produit utilisé et de la qualité de la version numérique.

Bien que l'élève « écoute » les textes plutôt que de les décoder, il ne bénéficie pas de support visuel ou sonore (images ou bruits qui peuvent aider la compréhension) comme c'est souvent le cas dans les vidéos.

De plus, les informations sont plus denses et complexes dans les textes que les évaluations d'écoute.

Finalement, la profondeur des questions varie, puisqu'en lecture, l'élève peut retourner aux textes pour approfondir le sens ou comparer, ce qui est généralement peu le cas en écoute.

Question 3 : Certains collègues encouragent les élèves ayant des aides technologiques en écriture à ne pas les utiliser lors des dictées ou de minitests.  Qu’en pensez-vous ?

Le PEI, étant un document lié au Règlement de l'Ontario 181/98 : Identification et placement des élèves en difficulté, a des répercussions légales. Par conséquent, toutes les adaptations, y inclus les technologies d'aides, décrites dans le PEI doivent être mises à la disposition de l'élève. Le guide Plan d'enseignement individualisé 2004, pages 31-33, explique les adaptations en matière d’évaluation, incluant la technologie d'aide.

Les élèves devraient être encouragés à utiliser leurs aides technologiques le plus souvent possible et même dans les tâches décontextualisées (par exemple, accorder correctement les participes passés dans des phrases dictées) pour principalement deux raisons.

1. Se pratiquer avec l’outil.

L’usage des aides technologiques n’est pas un remède miracle aux troubles d’apprentissage.  Parfois, les logiciels eux-mêmes ou leur utilisation en simultanée obligent un élève (ayant des TA n’oublions pas) à acquérir de nouvelles connaissances et à les mettre en application en situation d’apprentissage et d’évaluation.

Ces dernières demeurent souvent anxiogènes pour l’élève et une mauvaise manœuvre peut s’avérer fatale.  Par conséquent, l’emploi des aides technologiques devrait être encouragé pendant toutes les occasions d’apprentissage (même les tests de verbes !).

2. Accéder aux apprentissages de son niveau.

La calligraphie, l’orthographe lexicale et grammaticale demeurent des aspects très énergivores malgré la rééducation pour les élèves ayant des TA en écriture.  Les aides technologiques visent à les aider à contourner ces obstacles pour progresser dans leur apprentissage, plutôt que de stagner à ce niveau.

Dans cet angle, leur usage s’avère nécessaire pour les nouvelles notions, puisque sinon, les élèves ayant des TA partent désavantagés par rapport aux autres.  Par exemple, pour bien accorder les verbes du 1er groupe conjugués au passé simple, les élèves doivent apprendre de nouvelles terminaisons (ai-as-a-âmes-âtes-èrent).  Toutefois, pour avoir la bonne réponse (par exemple, il lança), l’élève doit aussi connaître la bonne orthographe du verbe à l’infinitif (lanCer) et la règle orthographique du « ç ».

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photo de Nathalie Paquet-BélangerNathalie Paquet-Bélanger est spécialiste francophone des troubles d’apprentissage au sein de l’équipe TA@l’école. Elle termine une maîtrise en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski.  Elle est titulaire d’un baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale de cette même université et d’un certificat en intégration des technologies informatiques en éducation (TÉLUQ). Elle est chargée de cours dans le domaine de l’intégration des TIC en enseignement. Elle exerce principalement en tant qu’orthopédagogue à la Polyvalente de Charlesbourg et apprécie grandement ce travail auprès d’adolescents ayant différents troubles d’apprentissage. Nathalie est très heureuse de joindre ses forces à la belle équipe de TA@l’école et de réseauter avec des enseignantes et des enseignants qui ont à cœur la réussite des élèves ayant des TA.