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Comment peut-on faire la différence entre des troubles d’apprentissage légers, modérés et graves? Comment puis-je adapter mes interventions ou mes stratégies aux besoins des élèves présentant différents degrés de troubles d’apprentissage?

Répondue par Dre Maria Kokai, M.A., Ph. D., psychologue agréée et psychologue en chef auprès du Toronto Catholic District School Board

Selon la définition, les troubles d’apprentissage (TA) sont attribuables à des facteurs génétiques ou congénitaux ou à des facteurs neurobiologiques acquis qui entraînent des déficiences dans un ou plusieurs processus psychologiques liés à l’apprentissage. Compte tenu de la nature biologique ou neuropsychologique du TA, la formulation et la communication d’un diagnostic de TA forment un processus complexe qui requiert une formation et des compétences professionnelles. Les professionnels de diverses disciplines (psychologie, éducation, orthophonie, ergothérapie, médecine, audiologie, etc.) jouent un rôle important dans le dépistage et l’évaluation des personnes « à risque » ainsi que dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une gamme d’interventions. En Ontario, cependant, la communication d’un diagnostic est régie par la Loi de 1991 sur les professions de la santé réglementées et peut être effectuée uniquement par des membres dûment qualifiés de l’Ordre des psychologues de l’Ontario et de l’Ordre des médecins et des chirurgiens de l’Ontario.

Critères diagnostiques de TA – Un diagnostic de TA peut être porté uniquement en présence de l’ensemble des critères suivants :

  1. Écart non aléatoire et cliniquement significatif entre un ou plusieurs des processus psychologiques particuliers liés à l’apprentissage (traitement phonologique, mémoire et attention, vitesse de traitement, traitement linguistique, traitement perceptivo-moteur, traitement visuo-spatial, fonctions exécutives) et à des habiletés autrement moyennes essentielles à la réflexion et au raisonnement.
  2. Niveau de réussite scolaire étonnamment faible comparativement aux capacités de la pensée et du raisonnement de la personne OU niveau de réussite scolaire attendu, mais uniquement avec des niveaux d’effort et de soutien extrêmement élevés.
  3. Données probantes selon lesquelles les difficultés d’apprentissage sont logiquement liées aux déficits observés dans des processus psychologiques particuliers.
  4. Données probantes selon lesquelles les difficultés d’apprentissage ne peuvent être principalement attribuables à :

- d’autres troubles, tels qu’un retard global du développement, des déficits sensoriels primaires (p. ex. déficiences visuelles ou auditives) ou d’autres difficultés physiques;

- des facteurs environnementaux, tels que la privation, les mauvais traitements, les consignes inadéquates ou inappropriées, la situation socioéconomique ou le manque de motivation;

- la diversité culturelle ou linguistique;

- tout autre état coexistant, tel que le trouble de l’acquisition de la coordination, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ou l’anxiété.

- Tiré de la publication de l’Association ontarienne des troubles d’apprentissage intitulée « Recommended Practices For Assessment, Diagnosis and Documentation of Learning Disabilities » (2003)

Même s’il n’existe aucun critère officiel permettant de définir ce qui constitue un TA léger, modéré ou grave, en général, les critères suivants permettent de déterminer la gravité du TA :

  • le nombre de domaines d’habiletés touchés par le TA (différents domaines d’habiletés scolaires, aptitudes à la vie quotidienne, habiletés sociales, etc.) et
  • la gravité des déficits observés dans les processus psychologiques, le degré de déficience noté dans les domaines d’habiletés touchés par le TA ainsi que la mesure dans laquelle la déficience nuit au fonctionnement quotidien de la personne, malgré l’intervention ou la remédiation appropriée (dans les différents domaines d’habiletés scolaires, aptitudes à la vie quotidienne, habiletés sociales, etc.).

Habituellement, plus le nombre de domaines d’habiletés touchés est élevé et plus le degré de déficience est élevé, plus le TA est grave.

Par exemple, un élève présentant des déficits en matière de traitement phonologique pourrait avoir de la difficulté à apprendre à décoder les mots, mais une fois qu’il aura acquis des habiletés de base en lecture, il pourra lire. Cependant, il continuera a prendre plus de temps pour lire et pour comprendre les paragraphes, ce qui représente un léger TA.

Par contre, si un élève présente des déficits dans plusieurs processus psychologiques, tels que la mémoire de travail, la vitesse de traitement, le traitement phonologique et le traitement linguistique, cela peut nuire à plusieurs habiletés scolaires connexes, soit la communication verbale et la compréhension auditive, le décodage en lecture et la compréhension de textes, l’orthographe et l’écriture, la compréhension du langage mathématique, la capacité à se rappeler les consignes, le calcul mental, etc. Des déficiences importantes dans ces domaines auront inévitablement une incidence négative sur la plupart des autres matières (y compris les mathématiques), ainsi que la communication et les habiletés sociales au quotidien rendant le TA grave.

Les programmes et le soutien requis doivent être adaptés aux besoins particuliers de la personne ayant des TA, car l’impact de ceux-ci peut varier énormément.

Ainsi, dans le cas du TA léger mentionné ci-dessus, les habiletés en lecture peuvent s’améliorer grâce à une intervention précise et ciblée si les autres habiletés scolaires et sociales sont appropriées à l’âge de l’élève. L’élève sera en mesure de fonctionner à son niveau scolaire grâce à certaines adaptations (p. ex. prévoir du temps supplémentaire pour la lecture, compter sur d’autres moyens pour accéder à l’information, etc.) et aucune autre habileté scolaire ou autre ne sera touchée.

Dans le cas du second exemple, il faudra une remédiation ou une intervention intensive pour améliorer ces habiletés (lecture, décodage, enrichissement du vocabulaire, enseignement d’habiletés en communication sociale, etc.) ainsi qu’une technologie d’aide et des adaptations appropriées pour permettre à l’élève de suivre le curriculum dans toutes les matières.

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Bibliographie

Recommended Practices For Assessment, Diagnosis and Documentation of Learning Disabilities, Association ontarienne des troubles d’apprentissage(2003) http://www.ldao.ca/documents/Assessment%20Protocols_Sept%2003.pdf [en anglais seulement]

Ressources pertinentes sur le site Web de TA@l’école

Cliquer ici afin d’accéder l’Avis d’expert pour la question, « Comment procède-t-on pour diagnostiquer les TA en mathématiques? » répondue par Dr Todd Cunningham.

Cliquer ici afin d’accéder au résumé éclairé par la pratique, « Conception universelle de l’apprentissage ».

Cliquer ici afin d’accéder au résumé éclairé par la pratique, « La différenciation pédagogique ».

Cliquer ici afin d’accéder aux diapositives de la présentation, « Comprendre le rapport d’évaluation psycho-éducationnelle ».

Cliquer ici afin d’accéder à l’article, « Comprendre les troubles d’apprentissage – Incidence du traitement sur l’apprentissage ».

Cliquer ici afin de visionner la vidéo, « L’enseignement axé sur les forces et les besoins ».

Photo de Dr.Maria KokaiDre Maria Kokai est titulaire d’un doctorat en psychologie clinique et occupe actuellement le poste de psychologue en chef auprès du Toronto Catholic District School Board. Avant cette nomination, Mme Kokai a travaillé comme psychologue scolaire pendant 20 ans. En cette capacité, et dans son rôle actuel de psychologue en chef, elle s’implique dans les activités de perfectionnement professionnel offertes au personnel enseignant, ainsi que dans la sélection, la mise en œuvre et l’évaluation de divers programmes d’intervention en matière de troubles d’apprentissage (TA), de résilience et de santé mentale qui sont offerts à l’échelle du district. Elle est membre de l’Association de psychologie de l’Ontario (OPA), où elle remplit un mandat au sein de la section de psychologie en éducation en plus de siéger à un comité de liaison entre l’OPA et le ministère de l’Éducation. Mme Kokai agit également à titre de consultante pour le projet TA@l’école de l’Association ontarienne des troubles d’apprentissage (AOTA).