Par Nathalie Paquet-Bélanger et Dominique Labrecque.

Le paysage des technologies éducatives offre aujourd’hui une vaste étendue d’outils numériques, permettant aux enseignants de sélectionner des moyens variés en fonction de leur intention pédagogique précise. Chaque outil demande un certain niveau de maîtrise avant de l’utiliser dans sa pratique de classe et donc une appropriation qui peut s’avérer chronophage dans un horaire déjà bien rempli. Quels outils ou fonctions numériques vont vraiment faire une différence pour les élèves ?

Le choix de mettre en lumière trois outils numériques dans cet article repose sur leur grande accessibilité (déjà intégrés dans les logiciels courants ou application gratuite), leur simplicité d’utilisation en salle de classe et leur impact concret sur la réussite de tous les élèves, mais spécifiquement ceux ayant des troubles d’apprentissage (TA). L’exploitation de ces fonctions ne se limite pas à compenser une difficulté ; elle agit comme un levier puissant pour favoriser l’engagement et la motivation des élèves.

La fonction rechercher 

Le premier outil numérique qui mérite d’être exploité davantage en écriture, en classe, est la fonction « Rechercher », accessible par le raccourci clavier Ctrl + F ou l’icône de loupe, dans la plupart des logiciels de traitement de textes. Bien que simple en apparence, cette fonction permet de vérifier rapidement des éléments cruciaux comme les homophones, la syntaxe et les accords. Chaque élève peut personnaliser son utilisation selon son principal défi rencontré en écriture. Son utilisation peut changer dans l’année pour un même élève, ce qui en fait un outil évolutif et polyvalent selon vos diverses fins pédagogiques.

La véritable valeur ajoutée de cette fonction réside dans le fait qu’elle est moins « soutenante » qu’un réviseur orthographique classique. Elle favorise la réflexion grammaticale en obligeant l’élève à identifier activement les contextes à vérifier et à poser un jugement critique sur ses propres écrits. En atteignant rapidement toutes les occurrences d’une même série de lettres, de mots ou de groupes de mots, l’élève peut systématiser sa révision sans être bloqué par l’étape du repérage visuel, souvent ardue pour ceux ayant des TA.

Comment l’exploiter efficacement ?

Pour éviter les résultats non pertinents, une astuce consiste à ajouter un espace DEVANT et APRÈS le mot recherché, ou à utiliser le filtre « mot complet ». Cela permet, par exemple, d’isoler le mot « à » sans s’arrêter sur chaque lettre « a » contenue dans les autres mots du texte. Voici quelques applications concrètes :

  • Pour le vocabulaire : Repérer les répétitions excessives (par exemple, voir que le mot « chien » revient 12 fois) afin d’inciter l’élève à trouver des synonymes ou un mot de substitution (anaphore).
  • Pour les homophones : Rechercher « est » pour valider systématiquement les verbes être.
  • Pour les accords : Isoler les terminaisons en « er_ » ou « é_ » pour vérifier la distinction entre l’infinitif et le participe passé.
  • Pour la syntaxe : Rechercher la séquence « . » (point) pour porter un jugement sur la longueur de ses phrases et s’assurer de la présence d’une majuscule en début de phrase.

Voici une liste de ressources pour aller plus loin :

Traitement-de-texte-avec-Word-strategies-de-revision-2.pdf 

La valeur ajoutée de l’écriture numérique – 🔎 Rechercher (Ctrl + F)

Identification des classes de mots

La fonction d’identification des classes de mots constitue un allié précieux pour diminuer la charge cognitive des élèves ayant des TA dans les tâches de correction. Elle va identifier (par une couleur ou une surbrillance) tous les mots d’un texte qu’elle juge appartenir à la classe de mots sélectionnée par l’utilisateur (par exemple : nom, verbe, adjectif, etc.). Ainsi, l’élève peut se concentrer sur l’application de la règle grammaticale sans devoir identifier la classe des mots. Encore une fois, la grande valeur ajoutée de cette fonction réside dans le fait qu’elle est moins “soutenante” qu’un réviseur orthographique classique.

Il est très important que l’enseignant modélise les limites de l’outil. En effet, son efficacité peut varier selon la qualité de la syntaxe, l’orthographe utilisée (par exemple, il ou île) ou la polysémie (il marche, une marche). En cas de doute, l’élève devra utiliser ses stratégies internes pour valider l’appartenance ou non du mot à la classe identifiée par l’outil. 

Cette fonction peut être intégrée à un traitement de texte (dans le lecteur immersif de Word) ou à un correcticiel intégré (Antidote). 

Voici une liste de ressources pour aller plus loin :

La valeur ajoutée de l’écriture numérique – 🎧 Lecteur immersif (Word en ligne)

Organisateur graphique

Le troisième outil présenté nécessite plus de temps pour soutenir l’élève dans son appropriation mais demeure un incontournable très polyvalent. Il s’agit de l’organisateur graphique (OG), aussi désigné sous les termes de carte mentale, réseau de concepts ou d’idéateur. Cet outil est “utilisé pour structurer de manière graphique l’information autour d’un concept, d’un thème ou d’un sujet afin d’en offrir une vision globale qui illustre les liens qui existent entre les éléments” (Éducation Manitoba, 2007). La création d’un OG avec l’aide d’un logiciel, plutôt que papier, facilite grandement la réorganisation des liens et l’ajout de nouveaux concepts.

De manière générale, l’utilisation des OG pour tous les élèves, mais particulièrement pour les élèves ayant des TA, vont leur permettre d’exprimer visuellement les relations entre les concepts plutôt qu’avec des mots, ce qui peut être assez difficile pour eux. De plus, les OG emmènent les élèves à regrouper les informations en mémoire, ce qui en favorise le traitement et évite de la surcharge. Ils vont aussi faciliter la récupération de l’information, car celle-ci est mieux organisée et reliée aux autres connaissances.

Voici quelques exemples d’utilisations ayant un impact élevé :

  1. Pour planifier une tâche d’écriture, en offrant un gabarit du texte attendu à remplir, l’élève s’approprie la structure et fait des choix. L’usage des OG facilite l’organisation et le classement des idées. Il s’agit d’une excellente stratégie pour engager l’élève dans la tâche et diminuer le syndrome de la page blanche.
  2. En contexte de lecture, pour soutenir la compréhension, les OG “peuvent être utilisés avant la lecture pour indiquer à l’élève l’information importante, diriger son intention de lecture et favoriser la recherche de l’information pertinente” (RIL, p. 65). Ils sont aussi très utiles pour faire ressortir le plan d’un texte lu et pour réaliser un résumé. En contexte de roman, ils peuvent soutenir l’élaboration d’un réseau de personnages.
    • Pour en savoir plus sur le réseau de personnages, cliquer sur ce LIEN.
  3. En résolution de problèmes mathématiques, pour exprimer des relations entre les données.
    • Pour en apprendre sur les différents diagrammes en mathématiques, cliquer sur ce LIEN.
  4. En histoire, pour exprimer des relations entre des événements, en particulier les liens de causalité.
    • Pour utiliser les neuf modèles Google Slide réalisés par le RÉCIT en Univers social, cliquer sur ce LIEN.
  5. Pendant l’étude, peu importe la discipline ! Les OG permettent un traitement en profondeur et l’auto-questionnement. Petite astuce : assurez-vous d’utiliser un logiciel qui permet d’afficher ou de masquer l’arborescence.
    • Pour comparer différents types d’organisateurs graphiques pour l’étude, cliquer sur ce LIEN.

Voici une liste de ressources pour aller plus loin:

Autoformation du Campus RÉCIT les organisateurs graphiques : https://campus.recit.qc.ca/course/section.php?id=5812

Pour comparer les différents logiciels d’organisateurs graphiques : https://outilstice.com/2021/03/tous-les-outils-pour-creer-des-cartes-mentales/

Un article destiné aux professionnels de l’enseignement : https://www.taalecole.ca/organisateurs-graphiques/

Dans le contexte où une multitude d’outils sont sur le marché, il est important de se demander quelle fonction aura le plus grand impact auprès de l’élève ayant des TA selon la tâche à effectuer tout en étant le plus simple à utiliser. En exploitant ces trois outils, les enseignants disposeront de moyens simples et efficaces pouvant faire une réelle différence.


Références

Éducation Manitoba (2007). “La littératie avec les TIC dans tous les programmes d’études. Lexique”, https://www.edu.gov.mb.ca/m12/tic/litteratie/index.html, consulté le 2 décembre 2013.

Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. (2017). Référentiel d’intervention en lecture pour les élèves de 10 à 15 ans : Soutien aux élèves pour le développement de la compétence à lire. Gouvernement du Québec.


photo de Nathalie Paquet-Bélanger

Nathalie Paquet-Bélanger est spécialiste francophone des troubles d’apprentissage au sein de l’équipe TA@l’école. Elle termine une maîtrise en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. Elle est titulaire d’un baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale de cette même université et d’un certificat en intégration des technologies informatiques en éducation (TÉLUQ). Elle est chargée de cours dans le domaine de l’intégration des TIC en enseignement. Elle exerce principalement en tant qu’orthopédagogue à la Polyvalente de Charlesbourg et apprécie grandement ce travail auprès d’adolescents ayant différents troubles d’apprentissage. Nathalie est très heureuse de joindre ses forces à la belle équipe de TA@l’école et de réseauter avec des enseignantes et des enseignants qui ont à cœur la réussite des élèves ayant des TA.

Orthopédagogue œuvrant depuis plus de 25 ans en éducation, Dominique Labrecque se passionne pour la réponse aux besoins des élèves, les pratiques pédagogiques supportées de la recherche et les pratiques collaboratives. Les différents postes qu’elle a occupés l’ont amenée à intervenir auprès des élèves et avec les intervenants tant au primaire qu’au secondaire. Elle a occupé des postes en orthopédagogie, agente de correction du langage et comme conseillère pédagogique en français et en adaptation scolaire. Elle occupe maintenant le poste d’agente au service régional de soutien et d’expertise pour les élèves présentant des difficultés d’apprentissage, pour les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Dominique Labrecque possède un baccalauréat en linguistique française et une maîtrise en linguistique (orientée psycholinguistique) de l’Université Laval.

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